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Économie · 15 septembre 2026 · 09h25

Pourquoi la hausse des prix liée à la sécheresse ne fait que commencer

Le 1er juin, 4% du territoire français connaissait une sécheresse d'une intensité observée moins d'une fois tous les 25 ans. Le 1er août, cette part atteignait 65%. C'est dans ce contexte que les prix des légumes frais ont grimpé de 13,8% sur un an.

Pourquoi la hausse des prix liée à la sécheresse ne fait que commencer

Image générée à but illustratif

Le 1er juin, 4% du territoire français connaissait une sécheresse d'une intensité observée moins d'une fois tous les 25 ans, selon Météo-France. Le 1er août, cette part atteignait 65%. À la mi-août, 77%. C'est dans ce contexte qu'une photo prise dans une grande surface du Cher a circulé largement ces derniers jours : des tomates affichées à plus de 8 euros le kilo. Un cas extrême, mais un vrai signal chiffré derrière : selon l'Insee, les légumes frais ont augmenté de 13,8% sur un an en août 2026, une hausse qui a, à elle seule, contribué à hauteur de 0,1 point à l'inflation de 2,4% mesurée ce mois-là.

Au marché de Rungis, les prix donnent déjà le ton

Au marché de Rungis, le plus grand marché de produits frais au monde, le 12 septembre, le kilo de brocolis se négociait à 4 euros, comme l'aubergine. Le haricot vert s'affichait à 8,89 euros le kilo, la tomate grappe à 6,16 euros. Rungis étant un marché de gros, les prix constatés en rayon sont mécaniquement plus élevés encore. La filière fruits et légumes estime les pertes de récolte à environ 25% en moyenne cette saison, avec des pointes bien plus sévères sur certaines cultures : dans les salades de plein champ, certains maraîchers rapportent jusqu'à 70% de pertes sur des séries entières, les plants brûlant avant même d'atteindre une taille commerciale.

Deux mécanismes distincts, à ne pas confondre

Côté croissance, Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l'Insee, précise qu'"il n'y a pas d'impact vraiment supplémentaire à attendre sur la fin de l'année", l'institut comptabilisant la production agricole au moment où elle pousse, pas au moment de la récolte : cet effet-là est donc déjà intégré dans les chiffres.

Côté prix à la consommation, en revanche, le circuit est loin d'être terminé. "Il faut cinq mois pour que cette hausse se transmette aux industries agroalimentaires, et cinq mois pour arriver jusqu'aux prix des produits alimentaires", précise le même Dorian Roucher. Autrement dit, la flambée des légumes frais n'a pas fini de se répercuter sur les pâtes, les plats préparés et tous les produits transformés qui en contiennent, un processus qui s'étale sur près de dix mois.

L'Insee a revu sa copie sur l'inflation le 11 septembre

Lors de l'actualisation de son scénario macroéconomique, l'Insee a révisé sa prévision d'inflation de fin d'année à 2,9%, en citant explicitement un "coup de chaud transitoire sur les prix des légumes frais" parmi les facteurs. Conséquence directe pour les ménages : le pouvoir d'achat pourrait reculer de 0,4% sur l'année entière, un recul touchant "une large partie des ménages" selon l'institut.

Entre distributeurs, qui absorbe vraiment le choc ?

Les grandes enseignes, dont Carrefour et Coopérative U, ont assoupli leurs critères esthétiques pour écouler des fruits et légumes plus petits ou biscornus, faute de calibres suffisants. Carrefour a par ailleurs annoncé vouloir réduire sa marge sur les produits concernés, sans en avoir précisé l'ampleur, quand Coopérative U affirme avoir déjà absorbé une partie des premières hausses. Ces gestes peuvent amortir le choc, mais pas l'annuler, tant que les coûts d'irrigation et les rendements en baisse continuent de peser sur les producteurs eux-mêmes. Depuis juin, 700 000 poules pondeuses sont mortes des suites de la canicule, un facteur supplémentaire de tension sur le prix des œufs.

Un effet qui touche aussi l'aide alimentaire

Les Restos du Cœur en Loire-Atlantique, qui exploitent 13 jardins potagers dans le département, estiment perdre 30% de leur production de légumes frais cette année à cause de la sécheresse. En Bretagne, la coopérative Eureden voit ses récoltes de petits pois, haricots verts et flageolets s'effondrer, une situation qui fragilise directement 1 200 agriculteurs affiliés. À Bagnols-sur-Cèze, le Secours catholique a lancé le 10 septembre une distribution bihebdomadaire de cagettes de fruits et légumes bio à prix réduit.

Un fil qui rejoint ce qu'on documentait déjà cet été

Cette flambée alimentaire s'ajoute à ce que Bercy chiffrait déjà en évaluant le coût des canicules à 0,1 point de PIB pour 2026, et à la pression que subissaient déjà les producteurs de Roquefort sur le prix du lait. Trois secteurs différents, une même cause, et un décalage de plusieurs mois qui rend la sortie de crise plus lente que l'entrée dedans.

Données issues de Fruits et légumes biscornus, moins d'œufs, prix en hausse… Les conséquences de la sécheresse dans les rayons, Orange Actualités, 14 septembre 2026, de Sécheresse en France : le prix des fruits et légumes augmente comme jamais, TRT Français, 12 septembre 2026, et de Le gouvernement abaisse sa prévision de croissance à 0,5% pour 2026, l'inflation revue à la hausse, ICI, 11 septembre 2026.

Signé : La Rédaction Parlons Business
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