En un siècle, le nombre d'élevages de brebis laitières dans la zone protégée du Roquefort est passé d'environ 4 000 à seulement 1 400 aujourd'hui. Dans le même temps, un seul groupe, Lactalis, en est venu à produire près de 80% de tout le Roquefort vendu dans le monde.

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En un siècle, le nombre d'élevages de brebis laitières dans la zone protégée du Roquefort est passé d'environ 4 000 dans les années 1980 à seulement 1 400 aujourd'hui, selon les données de la DRAAF Occitanie. Dans le même temps, un seul groupe, Lactalis, en est venu à produire à lui seul près de 80% de tout le Roquefort vendu dans le monde.
Le Roquefort est mentionné dès le XIe siècle, et le roi Charles VI accorde dès 1411 l'exclusivité de son affinage à la commune de Roquefort-sur-Soulzon. Dès 1666, le Parlement de Toulouse va plus loin encore, en interdisant purement et simplement toute production de fromage hors de ce même village. L'appellation n'obtient sa reconnaissance légale moderne qu'en 1925, sous forme d'AOC, l'une des toutes premières de France, puis le statut européen d'AOP en 1996. Mais cette protection, vieille de plusieurs siècles sous une forme ou une autre, n'a jamais empêché la concentration industrielle en aval : Lactalis, premier groupe laitier mondial, a racheté Roquefort Société dans les années 1990, et produit aujourd'hui 11 000 tonnes de Roquefort par an, l'essentiel du volume total de l'appellation.
Depuis 2019, Lactalis commercialise un "bleu de brebis" pasteurisé sous un emballage jugé par certains juristes susceptible de créer une confusion avec le Roquefort, sans avoir consulté au préalable les autres producteurs de l'appellation. Le sujet a fait l'objet d'une question écrite à l'Assemblée nationale, portée par le député Louis Aliot, qui interrogeait le ministère de l'Agriculture sur une possible atteinte à la protection de l'AOP.
En août 2026, l'organisation de producteurs du bassin de Roquefort a dénoncé la demande de Lactalis de baisser de 20 euros pour 1000 litres le prix payé aux éleveurs pour la campagne 2026-2027, alors que ces derniers font face à la sécheresse et à la hausse de leurs charges d'élevage. Sur cinq ans, la rémunération moyenne des éleveurs n'a représenté qu'environ 1,2 SMIC, un niveau que leur organisation qualifie de "totalement indécent" au regard des contraintes de production d'un lait cru.
Sébastien Ginisty, porte-parole des producteurs, résume une inquiétude supplémentaire : "Si le conflit au Moyen-Orient dure un an, il causera une hausse du prix de production de 100 euros pour 1000 litres." Les producteurs de lait de brebis demandent aujourd'hui l'aide de Lactalis pour, selon ses propres mots, "passer le cap d'Ormuz", un fromage centenaire rattrapé par la même tension géopolitique qui a déjà touché le gazole, le gaz et l'immobilier cette année.
Au-delà des tensions sur le prix du lait, Roquefort Société traverse ce que la presse professionnelle qualifie de "crise sans précédent" pour ses 175 ans : ventes en recul, exportations vers les États-Unis en chute, un produit largement acheté par des consommateurs de plus de 50 ans, quand les générations plus jeunes le connaissent sans jamais l'acheter. La marque tente désormais de repositionner le Roquefort comme ingrédient de cuisine du quotidien, plutôt que simple fromage de plateau réservé aux repas de fête.
Le Roquefort rappelle, à sa manière, ce qu'on racontait ce samedi 12 septembre sur le savon de Marseille : une appellation protégée depuis des siècles ne suffit pas toujours à préserver l'esprit d'un terroir, quand la concentration industrielle et les tensions internes s'en mêlent.
Données issues de Roquefort Société, 175 ans et une crise sans précédent, Le Quotidien de l'Entreprise, de Baisse du prix du lait en vue pour les producteurs de Roquefort Société, La France Agricole, et de la question écrite n°19131 à l'Assemblée nationale sur la protection des producteurs de Roquefort.
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