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Régions · 2 octobre 2026 · 10h45

Bull à Angers : l'usine de supercalculateurs que l'État a sauvée

Il y a trois ans, son nom avait disparu, fondu dans Eviden. Aujourd'hui, un ministre inaugure sa nouvelle usine à Angers, 80 millions d'euros investis, capacité doublée. Bull, le dernier fabricant européen de supercalculateurs, vient de renaître après son rachat par l'État.

Article mis à jour le 2 octobre 2026 à 12h51

L'usine française qui fabrique les cerveaux de l'IA européenne, et que l'État a sauvée de justesse

Image d'illustration

Il y a trois ans, son nom avait disparu. Absorbé par Atos, fondu dans Eviden, rayé des enseignes. Aujourd'hui, vendredi 2 octobre, un ministre inaugure sa nouvelle usine à Angers, 80 millions d'euros investis, capacité de production doublée. Bull, le dernier fabricant européen de supercalculateurs, vient de renaître, et son histoire récente raconte à elle seule tout ce qui se joue aujourd'hui autour de la souveraineté technologique française.

Pourquoi cette usine est unique en Europe

Le fait brut d'abord, parce qu'il est saisissant. L'usine d'Angers est la seule de tout le continent européen capable de fabriquer des supercalculateurs. Pas une parmi d'autres : la seule. Ces machines géantes, ce ne sont pas de simples ordinateurs puissants. Elles servent à entraîner les intelligences artificielles, à simuler le climat, à modéliser des molécules pour la recherche médicale, et aussi, c'est moins connu, à la dissuasion nucléaire française, qui a besoin de cette puissance de calcul pour simuler ses essais. Perdre cette usine, c'était perdre une capacité stratégique qu'aucun autre pays européen ne possède.

La chute, puis le sauvetage par l'État

L'histoire mérite d'être racontée, car elle est édifiante. Bull, dont l'usine d'Angers tourne depuis le début des années 1960, avait été rachetée par Atos en 2014, puis diluée au point de disparaître sous le nom d'Eviden en 2023. Quand le groupe Atos a frôlé l'effondrement financier, cette pépite industrielle a failli partir avec lui. L'État est alors intervenu : le 31 mars 2026, il est devenu l'unique actionnaire de Bull, pour un montant pouvant atteindre 404 millions d'euros. Une nationalisation de fait, assumée comme telle, pour sauver un savoir-faire jugé vital. Six mois plus tard, l'usine agrandie qu'on inaugure aujourd'hui est la preuve concrète de ce pari.

Ce que "doubler la capacité" veut dire, concrètement

Derrière le chiffre, une réalité industrielle précise. La nouvelle plateforme, qui a démarré sa production à la mi-juillet avant l'inauguration officielle de ce vendredi, permet à Angers de doubler son volume. Grâce à un partenariat avec Foxconn et Nvidia, l'usine pourra produire jusqu'à 100 racks dédiés à l'IA par mois, tout en continuant à fabriquer des machines de calcul haute performance. L'entreprise vise aussi 30% de gains de productivité, en intégrant notamment de la robotique. Et il reste 30% de surface encore inexploitée sur le site : Bull prévoit déjà de pouvoir redoubler sa production l'an prochain si la demande suit.

Pourquoi les commandes affluent

Le timing n'est pas un hasard. Le directeur général, Emmanuel Le Roux, l'a dit sans détour : Bull a reçu cette année plus de commandes que jamais dans son histoire. L'entreprise a remporté 15 des 18 appels d'offres lancés par EuroHPC, l'organisme européen qui finance le réseau de supercalculateurs du continent. La raison est simple : toute l'Europe veut ses propres capacités de calcul pour ne pas dépendre entièrement des géants américains dans la course à l'IA. Bull se retrouve, presque par accident de l'histoire, au centre de cette ambition. L'entreprise se présente comme numéro un en Europe, en Inde et au Brésil, et affiche désormais l'objectif de viser le leadership mondial.

Ce que cette renaissance dit de la réindustrialisation

Une dernière lecture, pour prendre du recul. L'histoire de Bull est l'inverse exacte de celle qu'on raconte d'habitude sur l'industrie française, faite de fermetures et de délocalisations. Comme Vulkam en Isère, Bull montre l'autre versant. Ici, une usine historique, ouverte au début des années 1960 et dont le propriétaire était sur le point de sombrer, est reconstruite de fond en comble, avec de l'argent public assumé, pour redevenir un champion. Les effectifs mondiaux du groupe doivent passer de 3 000 à 3 500 personnes, et l'ambition affichée est d'intégrer, selon l'entreprise, plus de 80% de composants souverains dans les machines. Celui qui a vu des sites industriels fermer les uns après les autres dans sa région sait à quel point une renaissance de cette ampleur est rare, et à quel point elle tient, ici, à une décision politique de ne pas lâcher.

Données issues de Bull double sa production pour soutenir les ambitions de l'Europe en matière d'IA, Reuters via Boursorama, 2 octobre 2026, de À Angers, Bull renaît de ses cendres pour profiter du boom de l'IA, L'Usine Nouvelle, 2 octobre 2026, et du communiqué officiel d'inauguration, Bull SAS.

Signé : La Rédaction Parlons Business
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