Il n'existe que deux usines dans le monde capables de produire industriellement des métaux amorphes : une en Chine, une en Allemagne. Depuis le 24 septembre, il y en a une troisième, au Versoud, en Isère. Elle est française, elle s'appelle Vulkam.

Photo d'illustration
Il n'existe que deux usines dans le monde capables de produire industriellement des métaux amorphes : une en Chine, une en Allemagne. Depuis le 24 septembre, il y en a une troisième, au Versoud, à quelques kilomètres de Grenoble. Elle est française, elle s'appelle Vulkam, et derrière ce nom un peu barbare se cache une vraie histoire de souveraineté industrielle, celle d'une technologie qu'on maîtrisait dans les laboratoires mais qu'on ne savait pas encore fabriquer en série sur le sol européen.
Pas besoin d'être ingénieur pour saisir l'idée. Un métal classique a une structure atomique ordonnée, rangée comme des briques. Un métal amorphe, lui, a une structure désorganisée, figée si vite au moment du refroidissement que les atomes n'ont pas le temps de se ranger. Résultat : des pièces jusqu'à 30% plus résistantes qu'un métal ordinaire, plus légères, et moulées avec une précision de quelques micromètres, ce qui réduit fortement l'usinage nécessaire ensuite. Concrètement, ça intéresse l'horlogerie, le médical, et de plus en plus l'aéronautique et le spatial, tous les secteurs où chaque gramme et chaque point de résistance comptent.
C'est le vrai sujet, et il dépasse largement Vulkam. Passer d'une innovation prouvée en labo à une production en série est le moment où meurent la plupart des deeptech françaises, faute de moyens pour financer l'usine. Vulkam, créée en 2017 à Grenoble, a franchi cette marche grâce à 40 millions d'euros levés en deux tours, dont un tour de 34 millions en 2023 mené par le fonds SPI de Bpifrance, dans le cadre de France 2030, avec à ses côtés des investisseurs comme le groupe SEB. L'usine elle-même a coûté 15 millions d'euros, bâtiment et lignes de production comprises. Sans cet argent patient, la techno serait restée une belle promesse de chercheur.
Soyons précis, parce que c'est là que beaucoup d'articles s'emballent. L'usine est annoncée comme capable de produire jusqu'à 2 millions de pièces par an. Mais ce chiffre est un plafond, une cible à atteindre d'ici 2027-2028, pas un volume déjà sorti des lignes. Le démarrage se fait progressivement, à partir de volumes bien plus modestes. Vulkam reste une jeune entreprise, autour de 40 salariés, qui doit encore transformer sa capacité technique en carnet de commandes rempli. Le fondateur, Sébastien Gravier, le sait, et évoque déjà une réserve foncière pour s'agrandir "si la demande est au rendez-vous". Le conditionnel a son importance.
Une usine de 40 personnes en Isère ne fera pas les gros titres nationaux. Pourtant, elle raconte quelque chose d'essentiel sur la réindustrialisation dont tout le monde parle. La France ne manque pas de chercheurs ni de brevets, elle bute historiquement sur l'étape d'après : industrialiser, produire, vendre, tenir la cadence. Chaque deeptech qui réussit ce passage, plutôt que de vendre sa technologie à un groupe étranger faute de moyens pour la produire, ajoute une brique à une souveraineté qui ne se décrète pas mais se construit, usine par usine. Celui qui a déjà tenté de faire passer un produit du prototype à la série sait à quel point ce fossé est réel, et à quel point le franchir relève autant du financement que de la technique.
Données issues de Dans l'Isère, la deeptech Vulkam franchit un cap pour produire en grande série ses petites pièces en métal amorphe, L'Usine Nouvelle, 25 septembre 2026, de Le Versoud : l'entreprise iséroise Vulkam inaugure son usine de production de métaux innovants, MesInfos, 24 septembre 2026, et du communiqué Vulkam lève 34 M€, Groupe SEB.
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