Le 10 septembre 2026, la Commission de régulation de l'énergie a approuvé le contrat de raccordement de huit futurs parcs éoliens en mer. Derrière ce document technique se cache une question à plusieurs milliards d'euros : qui paie les câbles, et qui paie quand quelque chose casse au large.

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Le 10 septembre 2026, la Commission de régulation de l'énergie a approuvé le contrat de raccordement de huit futurs parcs éoliens en mer. Derrière ce document technique se cache une question à plusieurs milliards d'euros : qui paie les câbles sous-marins, et surtout, qui paie quand quelque chose casse au large.
L'État a lancé le 12 juin 2026 un appel d'offres géant portant sur 11 parcs éoliens en mer, environ 10 000 mégawatts au total, au large de la Normandie, de la Bretagne, de la Charente-Maritime et du golfe du Lion. Un volume cinq fois supérieur aux quatre premières zones attribuées en 2011, qui totalisaient à peine 2 000 mégawatts. La France vise désormais 15 000 mégawatts d'éolien en mer d'ici fin 2035. Les candidats ont jusqu'au 12 octobre à midi pour déposer leur dossier, la ministre chargée de l'énergie désignera les lauréats en février 2027. Les raccordements eux-mêmes ne seront prêts qu'en 2035, voire 2037 pour trois des parcs.
RTE, l'entreprise qui gère les lignes à haute tension, construit et finance les câbles sous-marins, les plateformes électriques et les postes sur la côte. Elle se rembourse ensuite via le TURPE, le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité, une redevance fixée par la CRE que chaque fournisseur répercute dans son prix, sans qu'elle n'apparaisse jamais sous ce nom sur une facture. Il est fondu dans l'abonnement et le prix du kilowattheure, et représente environ 22% du total. Pour ce seul appel d'offres, RTE chiffre les raccordements à environ 20 milliards d'euros selon l'avis de la CRE du 12 mai.
Le cas du parc d'Oléron 1 illustre l'ampleur des sommes en jeu. Le relier directement à la côte coûterait environ 2,7 milliards d'euros. Le raccorder à une liaison sous-marine déjà prévue entre la Gironde et la Loire-Atlantique reviendrait à 1,8 milliard d'euros pour sa part, une solution en apparence plus économique, sauf que cette liaison partagée coûte à elle seule plus de 4 milliards d'euros. D'ici 2040, le raccordement pourrait représenter près de 40% du coût total de l'éolien en mer.
Plusieurs parcs partageront une même plateforme électrique en mer, celle qui rassemble le courant avant de l'envoyer vers la côte. Si un exploitant l'endommage, son voisin ne peut plus vendre son électricité. Un décret de 2022 oblige RTE à indemniser le producteur ainsi mis à l'arrêt, mais restait à savoir qui supporterait cette indemnité au bout du compte. Les producteurs estimaient que la facture reviendrait à RTE, donc au TURPE. RTE voulait pouvoir se retourner contre l'exploitant fautif. La CRE a tranché en faveur de RTE : les dégâts causés par un producteur n'ont pas à finir sur la facture des abonnés. Le montant que chaque exploitant risque de payer reste toutefois plafonné, 2 millions d'euros à la signature du contrat, jusqu'à 100 millions d'euros à la dernière des trois étapes prévues.
Un scénario continue d'inquiéter la CRE elle-même : si un lauréat abandonne son parc après que RTE a déjà engagé les dépenses de raccordement, la note peut atteindre plusieurs milliards d'euros. Le lauréat défaillant ne la couvre qu'à hauteur de sa garantie bancaire, le reste retombant sur le TURPE, donc sur l'ensemble des abonnés. La CRE demande que l'État prenne le relais dans ce cas précis, une évolution qui suppose de changer la loi. Le risque n'a rien de théorique : la procédure lancée en 2022 pour le parc d'Oléron 1 n'a reçu aucune offre et a été déclarée infructueuse en septembre 2025, et une autre procédure de 2024 portant sur quatre zones a été purement et simplement abandonnée.
Données issues de la délibération de la Commission de régulation de l'énergie approuvant la convention de raccordement RTE, 10 septembre 2026, de l'avis de la CRE sur le cahier des charges de l'appel d'offres AO10, 12 mai 2026, et du cahier des charges de l'appel d'offres n°10, CRE.
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