Coca-Cola a failli faire capoter la fusion de 54 magasins à La Réunion. L'Autorité de la concurrence a validé le rapprochement Leader Price-Run Market, mais a bloqué sur un point : le même groupe va produire le Coca-Cola de l'île tout en possédant une partie des supermarchés qui le vendent.

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Coca-Cola a failli faire capoter la fusion de 54 magasins à La Réunion.
Deux groupes voulaient marier leurs enseignes, la cinquantaine de supermarchés Leader Price et les quatre hypermarchés Run Market, pour peser enfin face à Carrefour et Leclerc. L'Autorité de la concurrence a passé le dossier au crible. Sur presque tout, feu vert. Sur un seul point, elle a bloqué. Et ce point, personne ne l'attendait là.
Le nœud tient en une phrase. À partir de ce jeudi 1er octobre, le groupe mauricien IBL, l'un des deux mariés, devient aussi l'embouteilleur exclusif du Coca-Cola pour toute l'île, via sa filiale Edena. Autrement dit : IBL va posséder des supermarchés, et fabriquer la boisson que tous les autres supermarchés de l'île doivent vendre. Un pied chez le fournisseur, un pied dans les rayons. Le genre de position qui fait dresser l'oreille de n'importe quel gendarme de la concurrence.
Il suffit de se placer du côté d'un concurrent. Vous tenez une supérette à Saint-Denis, et pour remplir votre rayon en Coca, produit que les clients réclament, vous n'avez plus qu'un seul fournisseur possible : le groupe qui possède justement les hypermarchés d'en face. Qu'est-ce qui l'empêche de livrer ses propres magasins en priorité, de leur réserver les meilleurs prix, et de vous faire patienter en cas de rupture ? Rien, sur le principe. C'est exactement ce risque, appelé conflit vertical, qui a fait tiquer l'Autorité.
Avant de valider, l'Autorité a serré la vis. IBL a dû prendre des engagements contraignants, gravés dans la décision : fournir le Coca à tous les distributeurs de l'île à des conditions "équitables, transparentes et non discriminatoires", et interdiction d'imposer, au passage, l'achat d'autres produits maison, cette combine qu'on appelle la vente liée. Sur le papier, le verrou est solide.
Reste le point que personne ne tranche. Comment un petit distributeur vérifie-t-il, concrètement, qu'il est traité comme les magasins du groupe qui le fournit ? Un engagement écrit, c'est une chose. Les délais de livraison réels, les priorités en cas de pénurie, les ristournes de fin d'année négociées dans l'ombre, c'en est une autre. Tout se joue dans le détail des relations commerciales, là où aucun communiqué ne va voir. Celui qui a déjà dépendu d'un fournisseur qui était aussi son concurrent le sait : l'équité se promet en une ligne et se prouve sur des années. Les premiers mois après le 1er octobre diront ce que ces engagements valent vraiment.
Données issues du communiqué officiel de l'Autorité de la concurrence, 31 juillet 2026, de Leader Price et Run Market : Coca-Cola, le vrai point sensible du rapprochement, Zinfos974, et de Grande distribution à La Réunion : l'Autorité impose des garde-fous autour de Coca-Cola, LSA Conso.
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