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Terroir & Patrimoines · 20 septembre 2026 · 10h25

Carcassonne, tête d'un réseau de huit forteresses classées par l'Unesco

Une centaine de personnes vivent à l'intérieur des remparts de Carcassonne. Deux millions y passent chaque année. Entre les deux, mille ans d'histoire, une ruine sauvée de justesse, et depuis juillet 2026, un classement Unesco qui fait de la Cité la tête d'un réseau de huit forteresses.

Carcassonne, tête d'un réseau de huit forteresses classées par l'Unesco

Lynx1211, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Une centaine de personnes dorment chaque nuit à l'intérieur des remparts de la Cité de Carcassonne. Autour d'elles, plus de deux millions de visiteurs ont franchi les portes en 2024, d'après les mesures croisées de l'office de tourisme. Entre ces deux chiffres tient toute l'histoire du lieu : mille ans de fortifications, et deux classements au patrimoine mondial à vingt-neuf ans d'écart.

De place forte à ruine qu'on vendait à la pierre

Tout part d'un éperon rocheux, occupé dès le VIe siècle avant notre ère. Au XIIe siècle, sous la famille Trencavel, la Cité prospère et rassemble, avec les deux bourgs à ses pieds, trois à quatre mille habitants. Cette prospérité s'arrête d'un coup en 1209. La croisade contre les Albigeois met le siège devant la ville, Raimond-Roger Trencavel se rend le 15 août pour épargner les siens, et meurt en prison trois mois plus tard. Les bourgs sont rasés, la Cité passe sous administration royale.

Pendant près de quatre siècles, elle tient son rang de verrou face à l'Aragon. Puis, en 1659, le traité des Pyrénées déplace la frontière plus au sud. Du jour au lendemain, la forteresse ne sert plus à rien. Le déclin s'installe, lent et implacable. La population glisse vers la ville basse, la bastide Saint-Louis, qui vit du textile. En 1804, Napoléon raye purement et simplement la Cité de la liste des places fortes. Sans entretien, les remparts se lézardent, et les pierres partent, vendues par lots aux maçons du coin. Le quartier des lices, coincé entre les deux enceintes, devient le refuge des ouvriers les plus pauvres de la ville, les tisserands en tête. En 1840, le statisticien Louis-René Villermé, venu enquêter sur la condition ouvrière, note simplement la misère qui règne dans ce quartier. Le monument le plus visité du Sud-Ouest était alors un bidonville qu'on démontait pierre par pierre.

Viollet-le-Duc, soixante ans de chantier et une bataille de toitures

Le sauvetage tient à deux hommes. Un archéologue de Carcassonne, Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, qui alerte dès les années 1830 sur le pillage. Et l'écrivain Prosper Mérimée, alors inspecteur général des monuments historiques, tombé sous le charme du site. La restauration de la basilique Saint-Nazaire démarre en 1844, celle des fortifications est confiée à Eugène Viollet-le-Duc. Le chantier durera plus de soixante ans, jusqu'en 1913 pour le château comtal, poursuivi après la mort de l'architecte en 1879 par ses successeurs.

Un choix va faire couler de l'encre pendant plus d'un siècle : les toitures. Viollet-le-Duc coiffe les tours de cônes d'ardoise, des formes du nord de la France qui n'ont rien à voir avec les toits de tuile de la région. La polémique éclate dès 1872, resurgit dans les années 1960, quand on pose quelques toits plats ou en tuile pour casser l'unité voulue par l'architecte. Puis, à la fin des années 1980, on revient au parti pris d'origine. C'est cette cohérence retrouvée que l'Unesco salue en 1997, en inscrivant la Cité au patrimoine mondial.

Une famille bâtit son hôtel dans les remparts

À peine sauvée, la Cité devient une curiosité, puis une destination. Et là où passent les voyageurs, quelqu'un finit toujours par ouvrir une chambre et une table. En 1906, un restaurateur du cru, Jean Cadenat, et Michel Jordy, huissier devenu archéologue et promoteur du tourisme local, décident d'y bâtir un hôtel, sur l'emplacement de l'ancien palais épiscopal vendu comme carrière après la Révolution. Pour financer, ils fondent en 1911 la Société de la Cité et émettent des bons au porteur de 500 francs. L'Hôtel de la Cité ouvre ses portes, s'agrandit en 1913, puis en 1927 avec sa grande salle néogothique. Winston Churchill y dormira, la princesse Grace de Monaco aussi.

La maison change plusieurs fois de mains au fil du siècle, jusqu'au groupe Orient-Express Hotels. Puis, en 2011, Christine Pujol la rachète. Elle est déjà à la tête d'un groupe familial fondé en 1963 par sa belle-famille, et propriétaire de plusieurs adresses dans la Cité. Sous sa main, l'Hôtel de la Cité décroche sa cinquième étoile, et sa table, La Barbacane, une étoile au Michelin. Aujourd'hui, le groupe Cité Hôtels, resté indépendant, aligne six hôtels et cinq restaurants entre Carcassonne, Toulouse, Figeac et Ax-les-Thermes, avec une boulangerie installée dans les remparts et un traiteur racheté récemment. Christine Pujol en a déjà passé une partie des commandes à ses enfants, Hadrien, Adélaïde et Hermine. Quiconque a dirigé une affaire familiale sait ce que vaut cette phrase anodine : transmettre sans casser ce qu'on a bâti reste l'exercice le plus délicat qui soit.

D'autres tiennent le même pari, plus modestement, et depuis longtemps. Rue Saint-Jean, le restaurant La Marquière sert le cassoulet et les produits du Languedoc depuis 1985, toujours au coeur des pierres. La Cité n'est pas qu'un décor, c'est un fonds de commerce que des familles font vivre à l'année.

L'économie de la Cité, en chiffres

Le château comtal et les remparts, gérés par le Centre des monuments nationaux, ont accueilli 643 882 visiteurs payants en 2024, en hausse de 7 % sur un an. De quoi placer le site au cinquième rang des monuments nationaux les plus fréquentés de France, derrière l'Arc de triomphe et ses 1,76 million de visiteurs, l'abbaye du Mont-Saint-Michel (1,48 million), la Sainte-Chapelle (1,23 million) et le Panthéon (922 426). Si l'on compte l'ensemble de la Cité, remparts et ruelles compris, le passage dépasse deux millions de personnes sur l'année, un volume mesuré par éco-compteurs et données de géolocalisation croisés par l'office de tourisme.

Huit forteresses, un seul classement

Le 26 juillet 2026, réuni à Busan en Corée du Sud, le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco a inscrit le château et les remparts de Carcassonne aux côtés de sept autres forteresses de l'Aude et de l'Ariège : Aguilar, Lastours, Montségur, Peyrepertuse, Puilaurens, Quéribus et Termes. Le tout sous un même nom, les Forteresses royales capétiennes du Languedoc. Le dossier, porté depuis une vingtaine d'années sous des appellations successives, a fini par convaincre, salué comme un exemple remarquable d'architecture défensive capétienne par le Conseil international des monuments et des sites. Classée seule depuis 1997, la Cité devient le point d'ancrage d'un ensemble qui court sur plus de 9 400 hectares et deux départements.

La reconnaissance tombe un an après la fin d'un autre chantier. En septembre 2024, le Centre des monuments nationaux a bouclé deux ans de restauration sur 300 mètres de remparts et neuf tours du front est, pour 4,5 millions d'euros financés par le plan France Relance. Depuis, et pour la première fois, on peut parcourir l'intégralité du chemin de ronde, soit 1,3 kilomètre et 35 tours.

Une pierre, plusieurs pouvoirs

Place forte, puis pièce d'un dispositif royal, puis ruine dépecée pour ses moellons, puis chantier de reconstitution disputé : la Cité de Carcassonne a changé plusieurs fois de fonction sans jamais changer de silhouette. Une famille y a bâti un groupe hôtelier depuis plus d'un siècle, une autre y tient le même restaurant depuis quarante ans. En 2026, la vieille forteresse n'est plus seule sur la liste du patrimoine mondial. Sept autres, perchées sur les crêtes qu'elle surveillait au XIIIe siècle, sont venues la rejoindre. Les pierres n'ont pas bougé. C'est le regard qu'on porte sur elles qui, une fois de plus, a changé.

Sources : fréquentation des monuments nationaux 2024 (Centre des monuments nationaux) ; classement Unesco du 26 juillet 2026 (Comité du patrimoine mondial, Icomos) ; chantier de restauration du front est (Centre des monuments nationaux, plan France Relance) ; histoire de l'Hôtel de la Cité et du groupe Cité Hôtels (L'Hôtellerie-Restauration, Hospitality ON) ; histoire de la Cité (documentation patrimoniale, enquête Villermé 1840).

Signé : La Rédaction Parlons Business
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