Le 4 avril 2022, un premier Bluebus prend feu à Paris. Trois semaines plus tard, un second incendie force la RATP à retirer 149 véhicules de la circulation. Aujourd'hui, Bolloré arrête définitivement la production de Bluebus, une décision plus ancienne et plus technique qu'il n'y paraît.

Guillanst, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le 4 avril 2022, un premier Bluebus prend feu à Paris, boulevard Saint-Germain. Trois semaines plus tard, un second incendie détruit entièrement un bus vide, forçant la RATP à retirer immédiatement 149 véhicules de la circulation, un chiffre qui grimpe à 232 en comptant les bus livrés après l'incident et immobilisés par précaution. Ce n'est qu'en avril 2024, deux ans plus tard, que ces bus reprennent enfin du service. Aujourd'hui, Bolloré arrête définitivement la production de Bluebus, une décision que la plupart des titres attribuent à "l'offensive chinoise". La réalité est plus ancienne, et plus technique.
Le BEA-TT (Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre, l'organisme chargé d'enquêter sur ce type d'incident en France) a établi la cause précise : un défaut survenu au niveau du processus de fabrication des batteries, provoquant un court-circuit entre cellules suivi d'un emballement thermique. Ces batteries fonctionnent à une température interne de 80°C, pouvant atteindre 105°C en fonctionnement normal, et étaient fabriquées dans deux usines, l'une à Ergué-Gabéric, l'autre à Boucherville, au Canada.
Le BEA-TT a formulé plusieurs recommandations précises à destination de Bluebus, notamment renforcer la protection thermique en toiture pour retarder sa fusion et permettre l'évacuation des passagers, et développer une solution limitant les projections de métal en fusion en cas d'incendie. Bluebus a répondu en avril 2025 avoir déployé un système de protection passive autour des batteries sur l'ensemble de la flotte concernée, ainsi qu'un voyant d'alerte prévenant le conducteur en cas de nécessité d'évacuation immédiate.
Au-delà des incendies sur les bus eux-mêmes, un autre litige oppose Blue Solutions à l'exploitant d'un site industriel, désigné HFL8 dans les documents officiels, à la suite d'un incendie séparé impliquant des batteries et modules fabriqués par l'entreprise. Selon les déclarations de l'exploitant, celui-ci aurait déboursé près de 10 millions d'euros pour sécuriser le site après l'incendie, sans que Blue Solutions ne prenne en charge une partie de ces coûts, l'entreprise s'appuyant sur la réglementation ICPE (Installations Classées pour la Protection de l'Environnement, le régime juridique qui encadre les sites industriels présentant des risques) pour reporter cette responsabilité sur l'exploitant lui-même.
Plusieurs titres de presse évoquent la concurrence chinoise comme facteur dans la décision de Bolloré, sans que l'entreprise ne l'ait confirmé explicitement dans ses propres communications. Ce qui reste vérifiable, en revanche, c'est que l'arrêt de Bluebus intervient au terme d'une décennie où l'entreprise a dû, à plusieurs reprises, démontrer la sécurité d'une technologie de batterie qu'elle présentait pourtant comme une innovation française unique au monde, sans solvant ni cobalt ni terres rares.
Données issues de la note d'information du BEA-TT sur l'incendie des deux bus RATP, 4 et 29 avril 2022, de la réponse de Bluebus au BEA-TT, avril 2025, document officiel, et du rapport BEA-TT sur les causes de l'incendie des bus RATP, Sustainable Bus.
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